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Dans le cadre de la préparation du Congrès national Français de 2010 année mondiale de la biodiversité , sous le signe de la Gouvernance et de la biodiversité ( Thème fort du Projet TVB PACA !) le site biodiversité2010.fr a mis en ligne toute une série de documents téléchargeables d'une très grande qualité.
Nous vous invitons à lire notamment les éléments suivants qui parleront fortement à tous les membres ayant participé au projet TVB PACA :
Nouvelle gouvernance,
inventer une démocratie des enjeux
du siècle
extraits du texte
Par Anne-Marie Ducroux
1, expert indépendant
Note de cadrage sur les enjeux de gouvernance, introductive aux ateliers de créativité
Faire de l’innovation démocratique une question politique à part entière
Les citoyens réagissent aujourd’hui autant aux contenus à renouveler, aux organisations
à transformer profondément, qu’aux comportements constatés dans la conquête et
l’exercice des pouvoirs.
Ce que les pouvoirs choisissent dit, en réalité, le regard
qu’ils portent sur autrui à travers les processus, et ainsi, la place qu’ils se
donnent à eux-mêmes, comme aux autres, de fait.
Ils traduisent la qualité de
relations recherchées par les politiques avec la société. Au minimum,
la manière pour
le détenteur d’un pouvoir, de « faire société », on l’a dit, avec ceux qui le lui ont
confié.
Qu’on ne s’y trompe pas non plus,
la participation des acteurs aux décisions qui les
concernent n’est déjà plus une simple « option » politique
10
. Il ne s’agit plus d’un
bruit de fond croissant auquel il faudrait bien se résoudre. Notamment
pour « éviter le
blâme »
11
de non consultation. C’est déjà un faisceau d’obligations qui se
renforce,
depuis le principe 10 de la déclaration de Rio en 1992, à la loi Grenelle I12
, en
2009, en passant par nombre de textes nationaux et européens.
13
L’impulsion ou les modalités de la relation aujourd’hui sont encore fortement entre les
mains des décideurs. Demain ceci pourrait changer : en effet, l'initiative citoyenne,
instaurée par le traité de Lisbonne, est une
nouvelle forme de participation à
l'élaboration des politiques
de l'Union européenne. Elle permet en théorie à des
citoyens européens et ressortissants d'un nombre significatif d'États membres, d'appeler
directement la Commission à soumettre une proposition sur des questions présentant
pour eux un intérêt et couvertes par les domaines de compétence de l'UE.
La nouvelle saisine du Conseil constitutionnel
permet aux citoyens de demander le
contrôle de constitutionnalité des lois
en vigueur à l’occasion d’un litige les
concernant, s’ils estiment que la loi porte atteinte à leurs droits et libertés. Pour le
Conseil économique, social et désormais environnemental, sa saisine ne sera plus
réservée au Gouvernement ou assemblées, mais pourra être
effectuée par des
citoyens organisés
, par voie de pétition. Des fonctions de médiateurs
s’instaurent
que les citoyens saisissent en nombre : 16% de plus en un an, pour le seul Médiateur de
la République. Les
réseaux sociaux électroniques constituent une
nouvelle forme
d’influence
ayant déjà réussi à mettre à l’agenda ou en débat échappant à tous, des
questions qui n’y figuraient pas.
Ce mouvement ne s’arrêtera sûrement pas.
10
Légifrance définit le principe de participation comme le « principe selon lequel le corps social est pleinement associé à
l’élaboration de projets et de décisions publics ayant une incidence sur l’environnement, et dispose d’une possibilité de recours une fois la
décision prise » D’après la définition de la commission nationale de terminologie et de néologie, vocabulaire de l’environnement, JORF
n°0087 du 12 avril 2009
11
no blame policy
12
Article 49 : « Construire une nouvelle économie conciliant protection de l’environnement, progrès social et croissance
économique exige de nouvelles formes de gouvernance, favorisant la mobilisation de la société par la médiation et la concertation »
13
Voir annexe 4 au texte d’AM Ducroux, page 12
Conférence française pour la biodiversité – 10-12 mai 2010 – Note de cadrage sur la gouvernance –
« Nouvelle gouvernance, inventer une démocratie des enjeux du siècle » – 26 avril 2010
7
La gouvernance
ne doit plus être vue comme simplement instrumentale. Les
relations entre acteurs et les consensus obtenus sont sa véritable création
: sa
« haute valeur politique »
14
. On voit que la tentation reste forte encore de réduire les
dialogues multi-acteurs à un moyen, une méthode, un accessoire, une boîte à outils, à
idées pour l’administration, à recettes pour le politique, à résolution magique…
Pour ne plus manquer la marche, décideurs, acteurs et citoyens, devront
réussir à
hisser la gouvernance de la biodiversité et de la complexité à la hauteur d’un
enjeu stratégique en soi.
Une certitude parmi des incertitudes,
la gouvernance, comme finalité, nécessite
d’abord un regard politique. Et ensuite de changer de focales, du zoom au grand
angle
. Pour des concertations locales et nationales. Ceci ne va pas encore de soi.
L’innovation scientifique et technique rallie nombre de décideurs. Mais quels sont ceux
qui affirment,
en mode majeur et non mezzo voce, que
l’innovation du XXIe siècle
viendra de nouveaux processus inventés pour réunir et entendre la société, pour solliciter
l’observation, l’intelligence et l’expérience issues du réel même des acteurs, pour
concevoir autrement les politiques adéquates du futur… celles qui détermineront si
nous
échouerons ou réussirons ensemble ?
Bref, qu’elle viendra aussi
d’une nouvelle
gouvernance
?
Un décideur contemporain doit reconnaître l’utilité de créer
des chambres d’écoute
permanente
de cette société mouvante et évolutive, mieux savoir à quoi les utiliser,
toujours nommer des médiateurs-animateurs et se placer, lui, habilement aux deux
points où il est toujours légitime : l’initiation du processus et la décision.
La pratique concrète montre en effet que les concertations ne conduisent nullement à
délégitimer celui qui a reçu un mandat, ni à modifier la responsabilité de la décision, mais
en revanche, beaucoup souhaitent voir profondément
transformés l’écoute et le
processus prévalant à son élaboration.
Nul besoin dès lors de se perdre dans l’opposition des formes actuelles de la démocratie,
en lieu et place du
progrès prioritaire à rechercher dans leur articulation et leur
amélioration respectives.
Parler de gouvernance, comme enjeu, n’est pas évoquer forcément la substitution d’un
mode de démocratie par un autre.
Ce qu’il reste à inventer collectivement et
rapidement, c’est le renforcement intrinsèque de chacune de ses formes, et
surtout, la manière de tricoter les mailles, les enchaînements positifs entre les
processus participatifs, l’intervention réglementaire administrative, les étapes
législatives ou représentatives, l’expression directe.
La démocratie est un mouvement. Toujours à parfaire. A raffiner. Ell
e « s’apparente au
moins autant à une démarche qu’à un état stable »
écrit P. Rosanvallon. Mais pour
avancer collectivement, il faut accepter déjà le principe de l’exploration collective, c’està-
dire entrer dans ses chemins qui, « en marchant », font évoluer postures et pensée.
Si les systèmes démocratiques représentatifs n’acceptent pas la critique, ne se réforment
pas vigoureusement, pour mieux représenter la société par exemple, ils ne pourront
affirmer durablement leur suprématie. Si, dans la même séquence, les processus
participatifs ne trouvent pas une place complémentaire forte, contribuant à recréer de la
confiance entre acteurs, entre dirigeants et dirigés, à mobiliser, alors, face aux
mutations, aux révisions extraordinaires à entreprendre, il n’y aura pas de formes
construites de la démocratie à même d’y résister.
14
voir expression de « haute valeur environnementale »
Conférence française pour la biodiversité – 10-12 mai 2010 – Note de cadrage sur la gouvernance –
« Nouvelle gouvernance, inventer une démocratie des enjeux du siècle » – 26 avril 2010
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Ainsi toutes les formes de démocratie sont solidaires. La qualité des relations instaurées,
travaillées ou non minutieusement entre acteurs créera pour les sociétés, face à leurs
changements à anticiper, de grandes différences. Si les sociétés n’ont rien bâti dans la
démocratie, face aux bouleversements futurs, que restera-t-il d’elles ?
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